Répertoire numérique détaillé de la sous-série 52 J. Fonderie du Val d'Osne.

par Benjamin COUVREUX ; sous la direction de François PETRAZOLLER

Présentation

Cote

1

Cotes extrêmes

52 J 1-1041

Intitulé de l'unité documentaire

Fonderie du Val d'Osne

Date de l'unité documentaire

1886-1986

Description physique

Type

Document d'archives

Nombre d'unités de niveau bas

1041

Métrage linéaire

106,70

Support

papier

Dépôt :

Archives départementales de la Haute-Marne

Langue des unités documentaires

français ; rares pièces en allemand et en anglais, le plus souvent traduites

Origine

G.H.M. Val d'Osne. Fonderie Durenne et du Val d'Osne

Biographie ou histoire

La fonderie du Val d'Osne est spécialisée dans la fonderie d'art destinée en particulier à la production de mobilier urbain, d'ouvrages d'art (poutres métalliques, éléments décoratifs en fonte, etc.), de mobilier urbain (candélabres, balcons, etc.).

En 1883, Jean-Pierre-Victor André, maître de forge, décide de se lancer dans la production d'objets décoratifs en fonte de fer, dont il pressent le marché prometteur, et fonde son usine en Haute-Marne où le savoir-faire en la matière est excellent. Le site, établi sur le territoire de la commune d'Osne-le-Val, fut choisi pour ses nombreuses qualités (débit régulier de l'Osne, main d'oeuvre qualifiée, excellente qualité du minerai). La première coulée eut lieu en 1836, dans l'objectif de produire dans un premier temps des éléments décoratifs divers en fonte (balcons, grilles, etc.).

La production se divrsifie très rapidement (vases, candélabres, éléments divers de mobilier urbain). André rachète aux musées des moulages de statues antiques ainsi que les droits de reproduction : l'usine se développe. En 1849, il commande des modèles d'art à un jeune sculpteur de talent, Mathurin Moreau qui enrichit le catalogue du Val d'Osne de plus de cent modèles, lequel catalogue comportait à l'époque entre 40000 et 50000 modèles différents dont plus de 200 vases, 110 fontaines, 600 statues humaines et 250 statues animales. Les statues en fonte, possédent une finition pratiquement aussi parfaite que celles en bronze ; cependant, le procédé diffère : la prise d'empreintes se fait par mottes assemblées comme un puzzle tridimensionnel. La fonte est coulée de le moule.

A la mort d'André (1851), sa femme dirige l'usine, laquelle devient une société en commandite portant le nom de "Haut-Fourneau et Fonderie du Val d'Osne". Pendant cette période, l'usine s'agrandit et des logements ouvriers sont construits (1866). En 1867, le Val d'Osne est racheté par MM. Fourment, Houille et Cie qui en assurent le fonctionnement jusqu'en 1870. Il éditèrent un catalogue de 410 planches où figurèrent tous leurs modèles depuis 1835. De 1870 à 1892, le Val d'Osne devient la "Société Anonyme des Haut-Fourneaux et Fonderies du Val d'Osne".

En 1872, l'entreprise exploite le brevet de galvanoplastie par électrolyse qui permet de recouvrir les statues en fonte d'une pellicule de bronze du meilleur effet.

Le Val d'Osne acquiert rapidement une grande réputation et se fait connaître aux expositions universelles de Paris (1855, 1867, 1900), Londres (1862), Vienne (1873). L'entreprise acquiert en 1874 une immense galerie d'exposition à Paris, boulevard Voltaire, où elle expose une partie de son catalogue.

En 1875, l'entreprise décroche un énorme marché à Santiago du Chili ; les ingénieurs français avaient été appelés pour rebâtir une ville éprouvée par des tremblements de terre et apportèrent dans leurs cartons leur ville modèle : néoclassique et peuplée de fontes d'art. Les commandes affluèrent du monde entier par le biais d'un réseau commercial hors pair (50 pays au total ont passé commande). En 1889, la France fête le centenaire de la Révolution sous la forme d'une exposition universelle dont le clou est la Tour Eiffel. Les cinq grands fondeurs d'art champenois y sont présents : le Val d'Osne et ses quatre concurrents : Durenne, Capitain-Gény, Brousseval et Denonvilliers.

L'exposition de 1900 est la dernière à laquelle participe le Val d'Osne, qui peut y exhiber un curriculum croûlant sous les médailles, diplômes d'honneur et récompenses en tout genre. Un nouveau catalogue présente des oeuvres sompteuses et livre le nom d'une cinquantaine d'artistes dont Bartholdi et Guimard. L'entreprise coule deux des quatre Pégase ornant le pont Alexandre III à Paris. De nombreux éléments réalisés par Guimard, chef de file de l'Art Nouveau sont coulés par l'usine pour laquelle l'année 1900 est la plus faste.

Pendant la première Guerre Mondiale, la fonderie fabrique des obus mais revient à sa vocation dans les années 1920 en coulant la statuaire de centaines de monuments aux morts. Mais cette activité est trompeuse dans un monde nouveau où la fonte d'art fait de moins en moins recette. Le Val d'Osne fut racheté par son concurrent Durenne en 1931 pour devenir "Fonderie Durenne et du Val D'Osne". L'usine recentre alors son activité vers la production de pièces de fonte pour l'automobile et autres engins motorisés, mais se spécialise également dans la fabrication de pièces de mécanique et d'hydraulique de tout sorte (bouches d'incendie, tuyaux de fonte, plaques d'égout, etc.). La fonderie d'art cesse alors d'exister mais la fonte d'ornement subsiste. Après la deuxième Guerre Mondiale, les modèles en fonte sont fondus dans les cubilots et ceux en plâtre cassés à la masse, à l'exception des modèles religieux. Lors d'une restructuration, le groupe Durenne, devenu entre-temps GHM (Générale d'Hydraulique et de Mécanique), décide de fermer l'usine en 1986.

La métallurgie haut-marnaise est le fruit d'une rencontre entre une tradition datant de l'âge du Fer qui s'est nourrie durant tout le Moyen-Age sous l'impulsion des abbayes et de la révolution industrielle, l'augmentation incessante de la production analysée par l'économiste Rostow.

P. S. Cette introduction est établie entre autres grâce à l'ouvrage de VUILLAUME (E.), La fonte d'art au Val d'Osne à travers l'oeuvre du sculpteur Mathurin Moreau, mémoire de maîtrise, Reims, 1991.

Historique de la conservation

Pour l'essentiel, le fonds du Val d'Osne est constitué d'archives postérieures à 1930, la date extrême de 1886 n'étant due qu'à un document isolé. Cet état de fait est dû aux conditions extrêmes de sauvetage du fonds. Si l'usine a fermé en 1986, il n'est pas certain qu'elle ait conservé soigneusement ses archives pendant son activité. Après la fermeture, le site fut des années durant livré au pillage (mobilier de bureau, machines-outils et pièces en fonte encore récupérables, etc.). Parmi ce mobilier, les étagères accueillant les archives furent sans doute elles aussi subtilisées, puisque les archives furent retrouvées gisant à terre sous la forme de tas de papiers et boites éventrées au milieu des pièces vides. Les archives, qui ne furent sauvées par les Archives Départementales qu'en 1992, soit 6 ans après la fermeture de l'usine, eurent à subir de nombreuses agressions (intempéries, vandalisme) de telle sorte qu'environ la moitié du fonds seulement put être sauvé, le parti étant de ne se saisir que des articles homogènes (boîtes non éventrées, registres, liasses). Les documents ayant subi les outrages de l'humidité furent abandonnés à leur sort.

Ce fonds mutilé présente néanmoins des directions possibles de recherches intéressantes ayant trait principalement au fonctionnement interne de l'usine, àtravers sa comptabilité et l'organisation de sa production comme en témoignent de nombreux plans et dessins techniques, soit isolés, soit contextualisés car faisant partie intégrante des dossiers.

Un autre point à étudier peut être le "rayonnement" de l'usine en mesurant l'étendue de ses clients et fournisseurs, le classement ayant souvent fait apparaître deux séries (alphabétique et chronologique).

Le fonds comporte un nombre important de dossiers ayant trait à la vie du personnel (embauches, Comité d'Entreprise, etc.).

La reconstitution de séries parfois presque complètes laisse heureusement entrevoir parfois l'organisation interne telle qu'elle fut voulue par le producteur, donnant des informations sur les méthodes employées par les services administratifs pour avoir prise sur la réalité. Il est à noter toutefois qu'aucun organigramme complet n'a été retrouvé dans le fonds.

Informations sur les modalités d'entrée

Il n'est fait mention nulle part d'un contrat de dépôt.

Présentation du contenu

Vie de l'usine au sens large (notes de la Direction, etc.), comptabilité, dossiers se rapportant à l'organisation de la production. Service comptabilité (clients et fournisseurs). Vie du personnel. Plans et dessins techniques

Modalités d'accès

le fonds est immédiatement communicable, à part :

* les dossiers de personnel (120 ans à compter de la date extrême la plus récente pour les articles 52 J 26-27, 32, 180, 906-912, 915-917, 919-926 et 931-932.)

* les dossiers de personnel comportant des informations à caractère médical (150 ans à compter de la date extrême la plus récente pour les articles 52 J 913-914, 918)

P.S. La date la plus récente du dossier fut retenue comme base de départ du délai de communicabilité dans la mesure où il fut malaisé de retrouver les dates de naissance des individus concernés.

Sources complémentaires

Sources internes

* 1 J 540-544 : Dormoy , journeaux d'exploitation des forges et terres de Rimaucourt et Condes, 1951-1879

* 6 J 1-235 : Berthelin, archives familiales et de gestion des forges de Doulevant-le-Château, de Vraincourt, du Clos Mortier, XVIIIème - XXème siècle

* 12 J : Bologne (Forges basses), correspondance d'affaires et comptabilité, XIXème siècle

* 80 M 3, catégories professionnelles auxquelles appartiennent les travailleurs étrangers en 1924.

* 95 M 7, explosion d'une chaudière à Marnaval (1883) et Eurville (1884) : correspondance préfectorale

* 211 M : Situation économique du département au point de vue industriel et agricole, 1931

* 227 M : Inspection du Travail, état des accidents survenus à partir de 1880

* 4 X 21-29 : Sociétés de secours mutuel

Sources externes

Archives Nationales

* C 3018 : initiative du duc D'audiffret-Pasquier de lancer une grande enquête nationale sur le monde ouvrier

* C 3363 : enquête statistique sur le monde ouvrier, dite "commission des Quarante-Quatre", 1884.

Bibliographie

I/ Méthodologie

* ANDRIEUX (J.-Y.), "Le patrimoine industriel" dans CROIX (A.) et GUYVARC'H (D.) ss. la dir., Guide de l'histoire locale, Paris, 1990, pp. 239-257.

* CORBION (J.), Le savoir...fer. Glossaire du Haut-Fourneau, Florange, 2003, 4 vol., 3442 p.

* CROIX (A.), "Faire l'histoire de l'usine, de l'entreprise", dans CROIX (A.) et GUYVARC'H (D.) ss. la dir., guide de l'histoire locale, Paris, 1990, pp. 220-238

* DREYFUS (M.), Les sources de l'histoire ouvrière, sociale et industrielle en France, XIXème - XXème siècles. Guide documentaire, Paris, 1987, 298 p.

* GILLE (B.), Les origines de la grande industrie métallurgique en France, Paris, 1947, 212 p.

II/ Métallurgie en Haute-Marne : généralités

* BEGUINOT (P.), "La fabrication de la fonte et du fer en Haute-Marne", Le fer dans la vie haut-marnaise de l' ANtiquité à nos jours, Chaumont, 1990, pp. 55-60

* BEGUINOT (P.), Une grande industrie haut-marnaise disparue : la fabrication de la fonte et du fer, Chaumont, 1979, 294 p.

* DUREPAIRE (C.), Rapport de mission : Fonte et fonderies en Haute-Marne, transmissions, création et production, 1992-1993, Office Régional Culturel de Champagne-Ardenne (ORCCA), mars 1994

* GABRIELE (J.-P.), Un exemple d'industrie en milieu rural : l'industrie haut-marnaise, Paris IV, thèse de 3ème cycle de géographie, 1985, 380 p.

* MARICHAL (E.), La fonderie de fonte dans le Nord de la Haute-Marne de 1900 à 1960 : étude socio-linguistique, Reims, maîtrise, 1979, 279 p.

* Les Cahiers Haut-Marnais, n° 186-187, 1991

III/ Le Val d'Osne et le groupe Durenne

* BENOIT (F.) et DE FRANCQUEVILLE (A.), rapport d'inventaire des modèles des anciens établissements Durenne à Sommevoire, DRAC de Champagne-Ardenne, 1990

* CHATEL (G.), "La fonderie d'art du Val d'Osne", Fontes n° 7, oct. 1992, pp. 8-12

* MARECHAL (Abbé), "Notice sur Osne-le-Val et le prieuré du Val d'Osne", Mémoires de la Société des Lettres, des Sciences, des arts, de l'agriculture et de l'industrie de Saint-Dizier, t. XIII, 1911-1912, pp. 255-256

* VUILLAUME (E.), La fonte d'art au Val d'Osne à travers l'oeuvre du sculpteur Mathurin Moreau, mémoire de maîtrise sous la dir. de Marie-Claude Genêt-Delacroix, Reims, 1991.

Commentaire

GLOSSAIRE DES TERMES TECHNIQUES

* ACIER : Alliage de fer renfermant moins de 1,7 % de carbone : il se distingue de la fonte par sa ductilité et par sa solidité ; il est capable, à la différence du fer, de se durcir après un refroidissement rapide.

* BAS-FOURNEAU : Dispositif rudimentaire très peu élevé (2 mètres maximum) comme son nom l'indique, utilisé dès l'Antiquité pour faire fusionner le minerai de fer, à l'aide de combustibles variés (charbon, bois, etc.)

* COULEE : Opération consistant à verser le métal en fusion dans un moule.

* CUBILOT : Fourneau chargé par la partie supérieure (le gueulard) et dont le corps est ventilé, permettant d'atteindre ainsi la température nécessaire pour fondre à nouveau des éléments en fonte. Le coke sert de combustible pour cette opération

* EBARBAGE : Opération consistant à débarrasser une pièce de tous les excédents de métal formés par les bavures. Cette opération est aussi appelée ébavurage

* EBARBEUR : 1) Machine-outil procédant à l'ébarbage, souvent dangereuse en raison des éclats de font qui peuvent voler autour de l'outillage.

2) Ouvrier chargé de l'ébarbage

* FER : Produit malléable obtenu à partir du minerai de fer. Il contient très peu de carbone.

* FONTE : 1) Opération consistant à fondre le minerai de fer.

2) Résultat particulier de cette opération, composé de fer contenant une teneur en carbone élevée, de 1,7 à 3 %, selon le glossaire du Haut-Fourneau (voir bibliographie). En raison de cette teneur, le matériau est cassant et ne conduit pas l'électricité. Il ne peut être soudé.

* HAUT-FOURNEAU : Dispositif permettant de faire fusionner le minerai de fer : il se caractérise par une hauteur importante, permettant d'atteindre des températures élevées susceptibles de produire de la fonte.

* MOULAGE : Opération de fonderie ayant pour but la réalisation d'un moule permanent ou destructible reproduisant les formes du modèle et destiné à recevoir un alliage liquide qui, après solidification, gardera les formes de l'empreinte. L'opération comprend en outre l'éxecution des joints nécessaires pour permettre le repérage et la séparation des différentes parties du moule et l'enlèvement du modèle.

* NOYAU : Partie du moule éxecutée séparément, le plus souvent pour ménager un évidement de la pièce coulée ou en vue d'en simplifier le moulage.

* NOYAUTAGE : 1) Fabrication des noyaux

2) Atelier de fabrication des noyaux

* SABLAGE : 1) Opération consistant à nettoyer la surface d'une pièce coulée par projection d'abrasif

2) Opération ayant pour but d'employer du sable dans la confection des moules, afin d'augmenter leur étanchéité.

Rédacteur de la description

Benjamin COUVREUX

Date de création de la description

lundi 4 avril 2005

Date de dernière modification de la description

vendredi 8 juin 2007

Sujet (liste-grandDomaine) : Inventaires d'archives Sujet (liste-sousDomaine) : Archives d'entreprises Nom géographique : Le Val-d'Osne (Haute-Marne, France)

Contenu

Informations bibliographiques

Informations de publication

Déclaration de titre

Titre : Répertoire numérique détaillé de la sous-série 52 J. Fonderie du Val d'Osne.
Auteur : par Benjamin COUVREUX ; sous la direction de François PETRAZOLLER

Déclaration de publication

Éditeur : Archives départementales de la Haute-Marne
Adresse : Chaumont
Date : 2005

Profil

Création : Instrument de recherche produit au moyen du logiciel Arkhéïa Aide au classement de la société Anaphore sarl, version 7-8.1 du vendredi 18 mars 2016 . Date de l'export : mardi 26 avril 2016 (16:03 h)
Langue : Instrument de recherche rédigé en français
Règles de description : ISAD / G, ISAAR